PMB ou Koha pour une petite bibliothèque : ce que ça demande vraiment
Quand un organisme cherche un logiciel de bibliothèque, deux noms reviennent toujours : PMB et Koha. Ce sont de vrais systèmes de gestion de bibliothèque, libres, matures, utilisés par des établissements sérieux, et leur licence ne coûte rien. La question n'est donc pas de savoir s'ils sont bons : ils le sont. La question est de savoir ce que leur exploitation demande à une structure de trois personnes, sur cinq ans, et cette facture-là n'est écrite nulle part.
Ce que PMB et Koha font très bien
Commençons par le mérite, parce qu'il est réel et qu'on le passe trop vite.
PMB et Koha sont des SIGB : des systèmes intégrés de gestion de bibliothèque. Ils font le métier au complet :
- catalogage normalisé en UNIMARC ou MARC21, avec les zones et les sous-zones que les bibliothécaires attendent;
- fichiers d'autorités : un même auteurice, un même éditeur, une même collection existent une seule fois et se corrigent en un seul endroit;
- récupération de notices chez d'autres établissements par Z39.50 ou SRU, ce qui évite de ressaisir ce que quelqu'un a déjà catalogué proprement;
- circulation avec des règles fines : durées différentes par type de document ou de public, réservations, prolongations, quotas;
- périodiques, bulletinage, exemplaires, statistiques détaillées, paramétrage de presque tout.
Et ils sont libres, au sens fort : le code est ouvert, vous pouvez l'installer où vous voulez, le modifier, le faire reprendre par un autre prestataire. Personne ne peut vous couper l'accès à votre propre catalogue. Pour une institution qui pense en décennies, c'est un argument qu'aucun logiciel en ligne ne peut égaler.
Si vous lisez cette liste en vous disant que vous en utiliseriez trois lignes sur douze, gardez cette impression : elle est le début de la réponse.
Le prix de la licence n'est pas le coût du logiciel
La licence est à 0 $. Voici ce qui ne l'est pas.
Un serveur. PMB tourne en PHP avec MySQL ou MariaDB, Koha en Perl : il leur faut une machine allumée en permanence, joignable depuis l'extérieur si vos membres doivent consulter le catalogue. Un petit serveur virtuel se loue entre 10 et 30 $ par mois selon la taille et le lieu. Ce n'est pas la ligne qui fait mal.
Un nom de domaine et un certificat, à renouveler. Un certificat expiré rend le catalogue inaccessible avec un message d'alerte rouge, et ça arrive toujours pendant les vacances.
Les mises à jour. Deux étages : celles du logiciel, et celles du système en dessous (le système d'exploitation, PHP ou Perl, la base de données). Le second étage est celui qu'on oublie, et c'est le plus risqué : un serveur qui n'est plus mis à jour est une porte ouverte, et une version de PHP en fin de vie finit par empêcher la montée de version du logiciel lui-même.
Les sauvegardes. Pas « une sauvegarde configurée » : une sauvegarde restaurée pour de vrai, au moins une fois. Une sauvegarde qu'on n'a jamais restaurée n'est pas une sauvegarde, c'est une croyance. Comptez aussi qu'elle doit vivre ailleurs que sur le serveur qu'elle protège.
Les montées de version majeures. Tous les deux ou trois ans, elles demandent une lecture des notes de version, un essai sur une copie, et parfois de refaire un paramétrage. Ce n'est pas difficile pour qui sait faire. C'est infaisable pour qui ne sait pas.
Et surtout : quelqu'un. C'est la ligne qui décide. Pas quelqu'un de débrouillard qui installe l'outil un samedi, mais quelqu'un de disponible dans trois ans, qui répond quand le catalogue est en panne la veille d'une activité, et qui aura documenté assez pour que la suivante puisse reprendre.
Mis bout à bout, un PMB bien tenu coûte quelques centaines de dollars d'infrastructure par an et quelques dizaines d'heures de travail qualifié. Si ces heures existent déjà dans votre organisme, le calcul est imbattable. Si elles n'existent pas, vous ne payez pas moins : vous payez plus tard, en catalogue perdu.
Un cas réel : installé, cassé, abandonné
Une Alliance française canadienne a déjà eu un PMB. Il a été installé, alimenté, utilisé. Puis il a cessé de fonctionner, et personne sur place n'était en mesure de le remettre en marche. Il n'a jamais été relancé : aujourd'hui, la bibliothèque n'a plus de logiciel du tout.
Ce n'est pas une histoire de mauvais logiciel. C'est une histoire de continuité. Le PMB n'a pas échoué parce qu'il était mauvais, il s'est arrêté parce que la personne capable de le maintenir n'était plus là. Le résultat, pour l'équipe, est le même que si le logiciel avait été mauvais : le catalogue est retourné dans un tableur, ou nulle part.
Retenez le scénario, parce qu'il est plus fréquent que les réussites dont on parle : ce n'est pas l'installation qui échoue, c'est la deuxième année.
À qui c'est destiné, et à qui ça ne l'est pas
Allez vers PMB ou Koha si vous avez au moins deux des trois :
- Une personne technique pérenne : un poste, pas une bonne volonté. Un service informatique mutualisé, une personne salariée qui administre déjà d'autres services, ou un prestataire d'infogérance sous contrat.
- Un vrai besoin de catalogue normalisé : vous échangez des notices avec d'autres établissements, vous tenez des autorités, vous produisez des statistiques réglementaires, votre catalogue doit survivre à votre organisme.
- Des besoins de gestion avancés : plusieurs sites, des règles de prêt différentes par public, des périodiques, des réservations, des amendes.
N'y allez pas si :
- personne dans l'organisme ne sait ce qu'est une sauvegarde de base de données, et personne ne saura dans un an;
- le projet repose sur un·e seul·e bénévole enthousiaste : c'est exactement le cas décrit plus haut;
- votre besoin réel tient en trois lignes : savoir ce que vous avez, savoir qui l'a emprunté, et permettre à vos membres de chercher un titre depuis chez eux.
Si vous hésitez encore entre les grandes familles d'outils (tableur, libre auto-hébergé, logiciel en ligne), la comparaison complète est ici : Logiciel de gestion de bibliothèque pour OSBL : comment choisir.
Il existe une voie intermédiaire, et elle est souvent la bonne : faire héberger PMB ou Koha par un prestataire. Vous gardez un logiciel libre, quelqu'un d'autre tient le serveur. Le coût annuel ressemble alors à celui d'un abonnement, ce qui est normal : vous payez la même chose, du temps humain. Demandez précisément ce qui est couvert (montées de version majeures, restauration de sauvegarde, délai d'intervention), parce que c'est là que les offres diffèrent.
Si vous partez de PMB : votre catalogue vous appartient
Le travail de catalogage est la seule chose vraiment coûteuse de toute cette affaire. Des centaines d'heures de saisie, souvent bénévoles. C'est ce qu'il faut protéger, et la bonne nouvelle est qu'il est portable : PMB exporte ses notices, en UNIMARC et en fichiers tabulaires. Ce fichier est à vous.
Chez nous, nous reprenons votre export PMB avec vous. C'est un service assisté, pas une conversion automatique, et la nuance est importante : nous regardons le fichier, nous vous disons ce qu'il contient réellement (les ISBN présents et absents, les doublons, les graphies d'éditeur), puis nous faisons la reprise et nous la vérifions avec vous. Les catalogues réels sont trop irréguliers pour qu'un convertisseur générique fasse un travail honnête, et un catalogue à moitié repris est pire qu'un catalogue à reprendre.
Faites-vous la même promesse avec n'importe quel outil : avant de vous engager, demandez à voir un export complet, et gardez-en une copie chez vous.
La Bibli
La Bibli ne cherche pas à remplacer PMB ou Koha sur leur terrain : nous ne faisons ni UNIMARC, ni autorités, ni bulletinage, et nous ne le prétendons pas. Nous faisons les trois lignes que la plupart des organismes utilisent réellement (savoir ce qu'on a, savoir qui l'a emprunté et être prévenu·e des retards, et laisser les membres chercher un titre depuis chez eux), sans serveur à administrer.
C'est 330 $ US par an ou 30 $ US par mois, avec le premier mois d'essai sans frais, un hébergement à Toronto par défaut, le catalogage par ISBN, une vitrine publique intégrable dans votre site, et la reprise de votre collection existante comprise jusqu'à 3 000 titres. La Bibli est développée au Nouveau-Brunswick par Aynils, en français, et c'est la personne qui a écrit le logiciel qui vous répond.
Si vous avez la personne technique, gardez PMB : c'est un très bon logiciel et il ne vous coûtera pas d'abonnement. Si vous ne l'avez pas (ou si vous ne l'avez plus), écrivez-nous avec votre export.
Questions fréquentes
PMB et Koha sont-ils vraiment gratuits?
La licence, oui, et sans astérisque : PMB est sous licence CeCILL, Koha sous GPL. Vous pouvez les télécharger, les installer et les modifier sans rien devoir à personne. Ce qui coûte, c'est l'exploitation : un serveur, un nom de domaine, un certificat, les mises à jour, des sauvegardes vérifiées, et surtout du temps humain qualifié. Le budget se compte en heures, pas en licence.
Quelle est la différence entre PMB et Koha?
PMB est français, écrit en PHP et MySQL, développé depuis 2003, avec une communauté et des prestataires francophones. Koha est le standard international du logiciel libre de bibliothèque, écrit en Perl, avec un écosystème plus large et plus anglophone. Les deux sont des SIGB complets. Pour une structure francophone, PMB est généralement plus accessible; pour un réseau qui échange des notices à l'international, Koha est mieux entouré.
Peut-on faire héberger PMB ou Koha par un prestataire?
Oui, et c'est souvent le bon compromis quand on veut le logiciel sans le serveur : des sociétés de services offrent l'hébergement, l'infogérance et la formation, en France comme au Canada. Vous retrouvez alors un coût annuel comparable à celui d'un abonnement, avec l'avantage de garder un logiciel libre et la possibilité de changer de prestataire. Demandez ce qui est inclus : montées de version majeures, restauration de sauvegarde, délai de réponse.
Combien de temps par mois faut-il prévoir pour maintenir un PMB?
En régime normal, peu : quelques heures par trimestre pour les mises à jour et le contrôle des sauvegardes. Le problème n'est pas la moyenne, c'est la pointe. Une montée de version majeure, une migration de serveur ou une panne mobilisent plusieurs journées d'affilée, à un moment que vous ne choisissez pas, et demandent une personne qui sait ce qu'elle fait.
Comment migrer d'un PMB vers un autre outil?
En passant par un export. PMB exporte ses notices, notamment en UNIMARC et en fichiers tabulaires : c'est ce fichier qui porte votre travail de catalogage, et il vous appartient. Chez La Bibli, nous reprenons votre export avec vous : nous regardons le fichier, nous vous disons ce qu'il contient réellement et ce qui manque, puis nous la reprenons. C'est un service assisté, pas une conversion automatique : les catalogues réels sont trop irréguliers pour ça.
Faut-il abandonner PMB parce qu'il est difficile à maintenir?
Non. Si votre organisme a une personne technique qui restera, un catalogue normalisé et des besoins de gestion avancés, PMB est un excellent choix et rien ne le remplace avantageusement. Le problème n'apparaît que lorsque cette personne n'existe pas, ou qu'elle part.