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Cataloguer un livre par son ISBN : ce que ça remplit tout seul

· 10 minutes de lecture
Séraphin Vandegar
Fondateur de La Bibli

Cataloguer une collection à la main, c'est retaper le titre, l'auteurice, l'éditeur et l'année pour chaque livre. Sur trois cents ouvrages, c'est deux fins de semaine. La recherche par ISBN fait la même chose en quelques secondes par livre, sauf pour une partie de vos rayons, qu'il vaut mieux connaître avant de commencer plutôt que de le découvrir au dixième livre introuvable.

Où trouver l'ISBN sur un livre

Trois endroits, dans cet ordre.

Au dos, sous le code-barres. C'est le cas le plus fréquent. Le numéro est écrit en clair, précédé de « ISBN », avec ou sans tirets. Juste en dessous, la suite de chiffres imprimée sous les barres est le même numéro, sans tirets : c'est ce que le scanneur lit.

Au verso de la page de titre. C'est la page de l'éditeur, celle qui porte le copyright, le dépôt légal et parfois la mention d'impression. L'ISBN y est presque toujours, même quand le dos du livre est abîmé, recouvert d'une étiquette de friperie ou plastifié.

Sur la jaquette seulement. Sur certains livres reliés, le code-barres est imprimé sur la jaquette et nulle part ailleurs. Si la jaquette a disparu (ce qui arrive à beaucoup de livres donnés), vérifiez la page de copyright avant de conclure que le livre n'a pas d'ISBN.

Deux pièges de terrain. D'abord, un livre peut porter deux codes-barres : le grand, à gauche, est l'ISBN; le petit, à droite, à cinq chiffres, code un prix. Scannez le grand. Ensuite, les revues et les magazines portent un ISSN, pas un ISBN : la recherche ne rendra rien, et c'est normal.

ISBN-10 et ISBN-13 : le même livre, deux longueurs

L'ISBN existe depuis 1970. Pendant trente-sept ans, il a compté dix caractères. Depuis le 1er janvier 2007, il en compte treize et commence par 978, ou par 979 pour les numéros attribués plus récemment.

Trois choses à savoir, et une seule compte vraiment.

  • Le dernier caractère est une clé de contrôle. Sur un ISBN-10, ce peut être un X, qui vaut dix : ce n'est pas une faute de frappe, tapez-le tel quel.
  • On ne convertit pas un ISBN-10 en ISBN-13 en collant 978 devant. La clé finale est recalculée, donc le dernier caractère change presque toujours. Laissez le logiciel faire la conversion.
  • Les tirets et les espaces ne comptent pas. Vous pouvez taper le numéro avec, sans, ou moitié moitié.

La chose qui compte vraiment : chaque édition a son propre ISBN. Le grand format, le poche, la réédition de 2019 et la version numérique du même roman portent quatre numéros distincts. C'est une bonne nouvelle (la couverture retournée sera la bonne) et une mauvaise : si vous avez trois exemplaires d'un même titre achetés à trois moments, vous aurez peut-être trois fiches. Décidez tôt si vous voulez une fiche par édition ou une fiche par titre avec plusieurs exemplaires. Changer d'avis à mi-parcours coûte cher.

Ce qu'une recherche par ISBN remplit toute seule

Vous tapez ou scannez le numéro, et la fiche se remplit. Selon le livre, vous obtenez :

  • le titre et le sous-titre;
  • l'auteurice, et les co-auteurices s'il y en a;
  • l'éditeur et la collection;
  • l'année de publication de cette édition-là;
  • le nombre de pages et la langue;
  • un résumé;
  • l'image de couverture.

Les cinq premiers champs sont fiables. Le résumé et la couverture sont les plus inégaux : selon la base qui répond, vous aurez un vrai quatrième de couverture, deux lignes de catalogue, ou rien. Ce n'est pas grave. Une fiche sans résumé reste une fiche empruntable; une fiche sans titre, non.

En pratique, le geste est toujours le même : scanner, jeter un œil à trois champs (titre, auteurice, année), choisir une catégorie, passer au suivant. Une équipe de deux personnes lancée sur une étagère fait plusieurs dizaines de livres à l'heure sans forcer.

Ce qu'une recherche par ISBN ne trouvera pas

C'est la section la plus utile de cet article, parce que c'est celle qui évite le découragement au premier livre introuvable. Une recherche vide ne veut pas dire que votre outil est cassé. Elle veut dire que ce livre-là n'est dans aucune base publique, et il y a de bonnes raisons à ça.

Les livres publiés avant 1970. L'ISBN n'existait pas. Tout ce qui vient d'une succession, d'un grenier ou du legs d'une bibliothèque personnelle est concerné : les vieux Pléiade, les classiques scolaires, les livres de cuisine des années 1950, les essais des années 1960. Ces livres n'ont pas d'ISBN, ils n'en auront jamais, et aucun logiciel n'y peut rien.

L'autoédition. Un livre autoédité peut n'avoir aucun ISBN, ou en avoir un acheté par l'auteurice sans que la fiche ait été déposée dans les catalogues consultés. Dans une bibliothèque communautaire, ce rayon est souvent plus fourni qu'on ne croit : recueils de poésie locaux, récits de vie, mémoires de familles, livres de recettes d'un comité.

Les petites maisons et les publications d'organismes. Les éditions régionales, les presses militantes, les guides publiés par une fédération, les rapports, les actes de colloque : ils sont mal ou pas référencés. Ce sont pourtant souvent les documents les plus demandés dans un centre de femmes ou un centre communautaire, parce qu'ils n'existent nulle part ailleurs.

Les éditions de club. France Loisirs, Québec Loisirs, Le Grand Livre du Mois : ces éditions portent un ISBN distinct de l'édition d'origine, et ces numéros-là sont très mal couverts par les bases publiques. C'est le cas qui surprend le plus, parce qu'il touche des livres récents, en bon état, de grands auteurices connus. Si votre collection vient largement de dons, vous en avez une étagère entière.

Le reste. Les manuels scolaires anciens, les brochures, les livres reliés par un atelier, les ouvrages en langues peu représentées dans les catalogues francophones et anglophones, une partie de la bande dessinée ancienne.

Que faire de ces livres. Créez la fiche à la main, avec quatre champs et pas un de plus : titre, auteurice, année approximative, catégorie. C'est suffisant pour prêter, pour retrouver et pour afficher. Le réflexe qui fait perdre des soirées entières, c'est de vouloir une fiche parfaite pour un livre que trois personnes emprunteront. Prévoyez une pile « à la main » à côté de la table de catalogage, continuez à scanner le reste, et traitez la pile en une fois, un autre jour.

Quel scanneur de code-barres acheter

Le bon achat : un scanneur USB filaire, en mode clavier. Une trentaine de dollars dans n'importe quelle boutique d'équipement de commerce ou en ligne. Le principe est simple : le lecteur se déclare comme un clavier. Vous cliquez dans le champ ISBN, vous scannez, il « tape » les chiffres puis appuie sur Entrée. Aucun pilote, aucun logiciel, aucune installation. Il fonctionne pareil sur Windows, sur Mac et sur un Chromebook.

Ce qu'il faut vérifier avant d'acheter :

  • mode clavier : c'est parfois écrit « HID », « plug and play » ou « émulation clavier »;
  • lecture des codes à une dimension : les codes-barres de livres n'ont pas besoin de plus. Un modèle laser ou CCD suffit largement;
  • le suffixe Entrée, activé par défaut ou réglable avec la planche de codes-barres de configuration livrée dans le manuel. C'est lui qui enchaîne les livres sans toucher au clavier;
  • le connecteur, USB-A ou USB-C selon votre poste. Un adaptateur à deux dollars règle le reste.

Ce qui coûte plus cher sans servir davantage. Un lecteur à deux dimensions, capable de lire les QR codes, coûte deux à trois fois plus. Il ne devient utile que si vous plastifiez des cartes de membre avec un QR. Un modèle sans fil est agréable si vous cataloguez debout devant les étagères, mais il faut le recharger et il coûte le double : commencez filaire, vous verrez bien.

Le téléphone comme solution de départ. La caméra lit très bien un EAN-13. Pour vingt livres, c'est parfait et ça ne coûte rien. Pour trois cents, la mise au point à chaque livre finit par user la patience de l'équipe. Beaucoup d'organismes commencent au téléphone et achètent le lecteur au deuxième après-midi de catalogage.

Organiser une séance de catalogage

Ce qui fait la différence entre un après-midi productif et un après-midi qui s'étire :

  • décidez vos catégories avant, et pas plus d'une dizaine. Une liste de trente catégories rend chaque livre discutable, et un livre discutable coûte trente secondes de débat;
  • travaillez par étagère, pas par thème. L'ordre physique évite qu'un livre soit compté deux fois ou oublié;
  • deux personnes, une qui scanne et une qui vérifie et complète. Seul, on relit tout et on va moins vite;
  • une pile « à faire à la main » pour ce que la recherche ne trouve pas. Ne bloquez jamais la chaîne sur un livre;
  • collez l'étiquette au moment du catalogage, pas dans une deuxième passe. La deuxième passe n'arrive jamais.

La Bibli

Nous avons développé La Bibli au Nouveau-Brunswick, chez Aynils, pour les organismes à but non lucratif qui prêtent des livres à leurs membres : centres de femmes, Alliances Françaises, centres communautaires. Le catalogage se fait par ISBN, avec ou sans scanneur, et les livres que la recherche ne trouve pas se saisissent à la main dans le même écran.

Le prix est de 330 $ US par an ou 30 $ US par mois, le premier mois est gratuit, et la reprise de votre collection existante est comprise jusqu'à 3 000 titres : si vous tenez déjà un tableur, envoyez-nous votre export, nous le reprenons. Vos données sont hébergées à Toronto.

Si votre collection n'existe pas encore, commencez par la liste de départ pour ouvrir une bibliothèque dans votre organisme. Et une fois vos livres catalogués, vous pouvez afficher votre collection sur votre propre site web.

Questions fréquentes

Où se trouve l'ISBN sur un livre?

Au dos, sous le code-barres, précédé des lettres ISBN, et presque toujours aussi au verso de la page de titre, dans le bloc de l'éditeur. Sur un livre relié avec jaquette, il peut n'être que sur la jaquette.

Quelle est la différence entre un ISBN-10 et un ISBN-13?

C'est le même identifiant dans deux formats. Les livres publiés avant 2007 portent un numéro à 10 caractères, ceux publiés depuis en portent un à 13, qui commence par 978 ou 979. On ne passe pas de l'un à l'autre en ajoutant 978 : le dernier caractère, qui est une clé de contrôle, est recalculé.

Pourquoi certains de mes livres ne sont-ils pas trouvés?

Quatre familles reviennent : les livres publiés avant 1970, qui n'ont pas d'ISBN du tout; l'autoédition; les petites maisons et les publications d'organismes; et les éditions de club comme France Loisirs, Québec Loisirs ou Le Grand Livre du Mois, qui portent un numéro à elles, très mal référencé dans les bases publiques.

Quel scanneur de code-barres faut-il acheter?

Un modèle USB filaire en mode clavier, autour de trente dollars. Il se branche, se comporte comme un clavier et écrit les chiffres dans le champ actif : aucun pilote, aucun logiciel à installer. Un lecteur laser ou CCD à une dimension suffit, les codes-barres de livres n'ont pas besoin de plus.

Deux exemplaires du même titre, est-ce un ou deux ISBN?

Un seul, si ce sont deux exemplaires de la même édition. Mais le grand format, le poche et le numérique d'un même titre portent chacun leur ISBN : ce sont trois fiches différentes, avec trois couvertures différentes.

Peut-on cataloguer avec la caméra d'un téléphone?

Oui. La caméra lit le code-barres EAN-13 aussi bien qu'un lecteur dédié. C'est parfait pour dix livres et fatigant pour trois cents : sur un gros lot, le scanneur filaire va nettement plus vite parce qu'il n'y a pas de mise au point à attendre.